École

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Papa a tout de suite pensé ouvrir un cours secondaire et m’embarquer comme professeur de première année. De ce fait, il devient mon tuteur. Il existe à Gournay, une école primaire privée pour filles et une école laïque de garçons, la place est vacante pour le secondaire. Les cours se feront à la maison. Maman aidée d’une femme de ménage, madame Lelaid, assurera la marche de la maison, les repas pour la famille et les demi-pensionnaires, si nous en avons. Les projets prennent forme. La mixité que papa envisage est interdite, tant dans l’enseignement laïc que le privé… Papa entre en relation avec les évêchés de Rouen et de Beauvais dont nous dépendons, pour obtenir l’autorisation d’accueillir ensemble filles et garçons. Vu les circonstances, les deux évêques donnent le feu vert pour créer ce cours mixte. Nous pouvons démarrer et maintenant, papa et moi formons une équipe. J’ai reçu mon agrément comme professeur grâce à papa. Savoir mon père dans la classe, à côté de la mienne me terrifie. Pendant toutes ces démarches, nous apprenons notre quartier et faisons la connaissance des commerçants. La gare est proche de la maison. Cette proximité sera très appréciable. La ligne directe Paris-Dieppe nous réveille tous les matins. Elle me devient familière. Du passage à niveau, partent les routes que nous arpentons souvent. Les soirées se terminent par un couvre-feu toujours plus strict. Des patrouilles Allemandes arpentent les rues de jour et de nuit. Chez nous, des sacs en toile de jute font office de doubles-rideaux dès la chute du jour. Nos fenêtres n’avaient plus de vitres, elles furent remplacées par du vitrex (grillage extrêmement fin enrobé d’une sorte de gélatine qui a tendance à fondre en cas de grosse chaleur). La maison s’organise en fonction de son rôle d’école. Dès l’annonce de la rentrée, nous avons une vingtaine d’inscriptions, garçons et filles de Gournay, pour la plupart enfant de fermiers. Impression de vie familiale. Papa assure les classes de quatrième et de troisième installé dans la salle à manger comme prévu. Une longue et large planche, posée sur des tréteaux, encadrée de longs bancs sert de table pour la classe et devient à midi table de réfectoire. Quant à moi, j’assure autour d’une table ronde dans la pièce d’entrée les plus jeunes de cinquième et de sixième. Les demi-pensionnaires qui partagent nos repas apportent leurs tickets d’alimentation et parfois, des produits de la ferme de leurs parents. Viennent se joindre à nous mademoiselle Logan, professeur d’anglais et mademoiselle Clément professeur de mathématiques. Je rentre dans ma première année d’enseignement avec passion et l’impression d’être utile.
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