7-.Pôlette et Christiane

L’amitié
 
Il s’enracine au plus profond du cœur,
Incandescent, ce sentiment si noble s’enflamme,
Sait germer, sans reprendre le pudique bonheur,
Habile, l’amitié se faufile, s’épanouit dans l’âme,
 
Elle nécessite si peu de mots pour la décrire,
Au creux d’une main amicale démunie de pitié,
Elle y naît, elle paraît et tout serait à dire,
Sa dénomination suffit à dévoiler l’amitié,
 
L’amitié s’affranchit aux seuls véritables amis,
L’unique antidote à la morte solitude,
D’un rayon de félicité qui transperce la vie,
Par un modeste sourire rempli de sollicitude,
 
D’une rencontre survenue sur les chemins,
S’exprime une complicité qui semble banale,
La fraternité doit discerner l’intention amicale,
D’être si loin du cœur, mais si près du lien.
 
Quand la souffrance apportera ses sanglots douloureux
L’amitié pour un cœur soufflera d’une douce voix
Des paroles chaleureuses et rassurantes à la fois
L’amitié séchera les larmes, les pleurs doucereux.
 
06/03/2019

*
Tous les jours, à notre réveil le monde est là, un arrière-plan qui change aux fils des saisons ; le soleil est présent tous les jours dans un ciel avec ou sans nuage.
Présupposer un changement doit se manifester, l’être vient à exister par une apparition ou une disparition. Être suffirait à exister.

*
 
Christiane-(bébé)
Sortie d’un catalogue de l’amour, Christiane Clénoria point d’une création alcoolique dans une chambre de la rue des Capucins, d’une quête d’aventure extraconjugale et d’une femme aux mœurs légères. À trois-franc-six-sous l’amour ne fait pas tout. Le ventre grossit et le soi-disant père disparaît. L’héritage de sa mère, son prénom transmis comme un trésor, de son père la rousseur et tout le reste, c’est-à-dire tout ce qui ne ressemblait pas à sa mère. Les premiers pleurs d’un bambin dérangent le voisinage, le quatre-pattes annonce une pouponnerie. Les clients fuient. La mère et sa progéniture sont jetées dehors. Elles se réfugient à « La Bonne Bergère ». Christiane confie Christiane à Éliane la nuit pendant le tapinage de sa mère rue des Capucins. Le petit manège dur quatre années, Éliane prend soin de Christiane et de son bébé. Une fille de plus, rien ne change enfin de compte. Les enfants donnent un sens à la vie.
La mère supérieure avait surgi dans la cellule d’Éliane, désignant Christiane du doigt :
« Où se trouve sa mère ?
– Rue des Capucins pour affaire. »
Éliane n’a pas le temps d’en dire plus. La mère supérieure pris l’enfant et ferma la porte de la chambre à clé. La mère n’avait jamais reparu.

Les Âmes Virtuelles
Danielle soufflait son huitième anniversaire quand Éliane, fut appelée par la mère supérieure. Danielle la suivait de loin.
– Je vous présente Ioana Clénoria ; Sœur Éliane est infirmière ; veuillez la conduire dans la cellule contiguë à la vôtre.
Une femme mûre, fatiguée, l’âme en peine, se réfugiait près du seigneur.
– Bonjour Ioana.
Les cloches de l’entrée venaient de retentir, nous quittions le bureau de la mère supérieure. Une autre nonne trottinait déconfite plusieurs missives à la main, suivie d’une fillette de quinze ans à peine. Elle en avait douze, élancée et amaigrit elle paraissait plus âgée.
Stupéfaite, Éliane soulageait sa surprise par un prénom et un nom :
« Christiane Clénoria ?
– Oui, c’est moi.
– Oui, c’est elle. Marmonne la nonne.
La mère supérieure effarée s’empare des papiers, survole un testament, un certificat de décès.
– Elles sont décédées toutes les deux dans un naufrage.
– Où est ta mère ? Susurra Danielle.
Une valise vide de rien s’ouvre à ce moment par ces mots :
– Disparue. Juste cette lettre. Je suis morte de faim. Je ne sais pas où coucher.
– Éliane, occupez-vous de leurs Âmes. L’enfant vous a été confié par ces dernières volontés.
Troublée d’entendre son nom de famille Polette interjeta :
– Moi aussi, je m’appelle Clénoria, Clénoria Pôlette. J’attends mon père.
– Nous sommes de la même famille. Je m’appelle Danielle Clénoria.
– Danielle, allez dans votre chambre ! Au lieu de parler toute seule. Tout ceci ne vous regarde pas ! Grogna la Supérieure.
– Je vous présenterais mes sœurs ultérieurement. » J’étais en joie, deux nouvelles amies. Je me dissimulai derrière la robe de ma mère.
– Trois familles Clénoria sans lien de parenté ! Seigneur Dieu ! Les bras levés, de la mère supérieure. Je n’en crois pas le ciel. Sœur Éliane ? Occupez-vous de tout ce petit monde, je vous prie. Nous nous verrons avant les vêpres.

Pôlette
Elle entend encore sa mère se confier à la Mère Supérieure. Lui raconter leur fuite vers l’Île de Méthylène. Son père devait arriver par un autre passage. Leur point de retrouvaille, l’Hôtel, rue des Capucins.
« Dans mon pays, je suis docteur. J’ai connu la guerre, je vous garantis qu’elle a été plus douce que le régime de la dictature. Mon pays est déchiré par les forces opposées qui se disputent le pouvoir. Je n’ai pas peur pour moi, mais pour Pôlette. C’est tout ce qu’il me reste, le pouvoir en place a pris notre maison, notre cabinet. Il ne nous reste plus rien. Je me suis enfuie de Roumanie avec ma fille âgée de sept ans, mes papiers, mon diplôme, un baluchon. Aujourd’hui, elle en a huit. Il me reste un peu d’argent, pas assez pour une chambre d’hôtel. C’est trop élevé. Je demande asile à Dieu, je suis croyante.
– Vous parlez bien notre langue qui vous l’a enseignée ?
– Je suis allée à l’école catholique, la deuxième langue enseignée est le français, J’en parle couramment six. Mon père aussi était médecin. J’ai reçu une bonne éducation. Ma fille y avait commencé ses études, l’établissement a été détruit par le pouvoir en place. C’est ce qui nous a décidé à fuir rapidement.
– Vous semblez choquée émotionnellement.
– Quel choc ?
– Mais la perte de votre fille ?
– Pôlette est à mes côtés, vous ne la voyez pas ? Elle n’est pas morte. »
*
« J’avais sept ans quand je me rendis compte que j’étais une âme. Ma mère mourait d’une crise cardiaque à ma huitième année et je ne revis jamais mon père. Mon corps avait été pulvérisé dans une école. Peu de personne nous voyait. Une nouvelle vie commençait à « La Bonne Bergère » en compagnie de Christiane et de Danielle. Sa mère Éliane devenait la nôtre et le couvent notre toit. » Répétait Pôlette à qui voulait écouter son histoire.
*
« – Une cerise cardiaque ? Interjeta Christiane. »
Danielle et Pôlette riaient de la dyslexie de Christiane. Pôlette avait gardé l’accent de sa mère en roulant les r.
« – Danielle ! Arrête de rire bêtement et de courir partout. 
– Oui, mère. »
*
Ioana avait su préserver sa fille Pôlette avec une belle histoire appropriée. Une catin migrante sur les trottoirs de la rue des Capucins et un médecin roumain expatrié, une promesse de château en Espagne et la belle fut engrossée. Une imagination fertile vraisemblable dans la tête d’une mère ; la survit pour l’enfant.
Danielle visualisait des fantômes, refusait le décès des deux fillettes. Elles vivaient. Deux Âmes virtuelles créées de toutes pièces. La schizophrénie avait du bon.

Pensée des Âmes Virtuelles
 
« Nous écrivons notre propre histoire un peu chaque jour. Pas de gomme, notre vie se conte à l’encre indélébile, à nous de corriger nos fautes avant l’écriture définitive. »