Rue du Grenier à sel

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Septembre clôt notre séjour chez Ernestine. Notre emménagement dans ce nouveau « chez nous » : sera-t-il une étape de vie plongée dans l’occupation allemande ? La maison d’un étage est petite, mais suffisante pour nous accueillir. Nous passons un gué dégueulasse de jus de rue mêlé aux eaux pluvieuses et sales à l’écume savonneuse (nous sommes encore loin des douves, mais quand même.). Une grille sur la rue découvre un jardin potager et fruitier dissimulé, vous guide à un escalier de pierre bleue menant à un minuscule perron où ne tiennent qu’une chaise et une étroite table pour deux. Présentation de l’entrée, grande pièce, faisant office de salle à manger, une cuisine attenante, séparée par un vestibule qui deviendra ma classe. Enfin, l’escalier qui monte aux quatre pièces du premier étage, un palier, trois chambres et un cabinet de toilette. Deux d’entre elles donnent sur la rue, la mienne, un peu triste, s’ouvre sur la chute d’un pan de toit des voisins. Maman garde la belle chambre pour Marie-Christine, la famille et les amis. Nous avons la chance d’avoir un jardin auquel nous accédons par un passage couvert longeant un appentis. Grâce à ce jardin, papa retrouve le travail de la terre qu’il faisait à Beauvais. Des clapiers sont déjà aménagés, ils sont vite occupés au grand dam de nous autres, qui régulièrement sommes de corvée d’herbe, sur les talus des routes alentour. En été, une treille nous donnera généreusement son raisin aigrelet, il en reste encore un peu. La certitude d’être tous vivants, bien que séparés, rend notre installation supportable, nous avons tant de chance. Peu à peu, les pièces s’habillent de meubles récupérés, mais la vie est là avec ses exigences et ses nécessités. Comme à La Baule, il faut penser au gagne-pain, trouver ou imaginer du travail.
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