Juin 22 juin 1940

Texte précédent : Paon
« TSF – 22 juin 1940 – l’armistice franco-allemand est signĂ© Ă  Rethondes. »
Nous nous attendions Ă  cette issue, mais l’annonce de l’armistice et l’occupation de la France sont un choc terrible. Pour la première fois, je vois pleurer papa amèrement dans la remise Ă  bois ; la tĂŞte dans le bras, le dos tournĂ©. Nous demeurons donc en zone occupĂ©e, dirigĂ©e par la Kommandantur oĂą flotte le drapeau allemand, plus spĂ©cifiquement la Gestapo pour la police. Les occupants sont discrets ; ils ont reçu l’ordre d’être correct. La vie s’Ă©coule sans grand changement, comme si nous avions des fantĂ´mes, « des verts de gris » ou encore des « doryphores » (les Allemands) autour de nous. Nos yeux ne se croisent pas, mais ils sont lĂ . La peur et le danger rapprochent de la foi, dit-on ! Tous les soirs, la certitude du danger se rapproche. Le dimanche l’Ă©glise s’emplie de fidèles. Depuis l’arrivĂ©e des Allemands, un groupe de soldats occupe le fond de l’Ă©glise pour se joindre Ă  nous, mais que chantent-ils ? Dieu fera-t-il la diffĂ©rence ? L’angoisse nous amène Ă  une prière fervente et commune, cependant il y a quelques distorsions dans les paroles cantiques chantĂ©es avec tant de cĹ“ur. Pour les uns, la supplication vers Dieu sera « catholiques et Français toujours » mais, pour l’autre partie de l’assistance chantĂ©e avec le mĂŞme cĹ“ur « catholique envahisseur et Allemand toujours ». Dieu s’y retrouvera. Les paroles montent toutes au ciel ! MalgrĂ© la mĂ©moire de certaines atrocitĂ©s commises par les Allemands envers la population civile pendant la guerre de 1914, nous nous trouvons devant des occupants très disciplinĂ©s qui ne ressemblent guère aux forcenĂ©s cruels dont nous avions l’idĂ©e. Après les chocs que nous venons de vivre, les journĂ©es reprennent leurs cours presque atones, s’il n’y avait pas l’inquiĂ©tude des absents, l’humiliation de la refaite, la colère de cette prĂ©sence obsĂ©dante, nous commençons aussi ; Ă  connaĂ®tre les tracas de la vie matĂ©rielle et alimentaire. Je souhaite la paix pour mes dix-sept ans.

Laisser un commentaire