Archives de l’auteur : Danielle Fourré

4-.Introduction

Danielle signe une décharge hospitalière. Cheveux blancs défaits, yeux cernés, elle sourit. « Venez ? » Il resta un moment silencieux, attendant sa réponse. Comprenant cet appel, elle lui prêta sa main. Attendri, il s’inclina, d’un baiser, son menton à peine l’effleura. Stop ! Reprenons du début.
Furtif ses doigts frôlent sa peau. Sa voix résonne dans sa tête en écho, se sauve dans le lointain et fugitif ses regards n’osent plus croiser les siens.
Elle s’enivre de cette source de fraîcheur, sentant déjà le vent du soir de cette fin de saison et l’éclat des vagues sur les rochers, lui rappellent leurs bouchons de champagne.
Une journée de plus sans ses écritures, ses yeux cherchent sans cesse ses lignes de lectures. Elle répondait comme une gamine devant un paquet de bonbon, encore un, promis ; c’est le dernier. Saisit-il qu’elle ne l’oubliera jamais ! Mots enfermés dans ses neurones fatigués axones et dendrites.
Elle semble si souvent absente, son corps ici, mais son âme vagabonde en dehors de leur château. Se profile le décor dans sa langue de Molière. Elle ne jure que par Oscar Wilde. Son cerveau peint aux effets de lumières et d’atmosphères de William Turner.
Des soirées d’hiver à écouter le feu crépiter dans la cheminée, ils regardaient les particules légères glacées, tomber par la fenêtre à croisées du froid protégé. Son prince se penchait sur son épaule, étendait de sa bouche ses baisers silencieux, embrasé. Et dans l’âtre leurs cœurs, ce feu que l’on appelle amour, brûle, son esprit sans soucis d’avenir, aujourd’hui, se meurt à petit feu.

3-.Dani-Sans-Ailes

Dani-Sans-Ailes
Depuis que je suis tout petit, je suis comme un livre doré avec des enluminures de couleurs, une jolie reliure assemblée avec du cuir. Sur une étagère – ma place acquise – on me déménage par ici, on me dépoussière, on me hiérarchise par là.
Avec le temps, le cœur durcit comme le cuir. Le livre chut sur le plancher poussiéreux. En trois mots : je suis tombé. Les mots consignés à l’intérieur s’envolent dans un tourbillon.
Éole souffle les pages dans un sens ou dans l’autre.
Tout y est ! Un regard sur la vie, un délire sur un bateau ivre, une histoire d’amour d’Ici et Maintenant, une histoire d’Ailleurs et d’Avant, un soupçon d’imaginaire débordant, eh bien ; à côtoyer les résidents de la bibliothèque, je suis devenu expert avec les jeux de mots. Un grand ami, le dictionnaire a fait toute mon éducation. Tous les philosophes, tous les grands écrivains sont devenus un jeu de sept familles en quelque sorte. Grande est mon ascendance qui m’escorte dans la bibliothèque.
L’Âme abandonnée sur l’étagère depuis des années, le jour et la nuit, j’espionne la vie de ses habitants.
Je suis : Dani-Sans-Ailes, l’enfant intérieur, l’enfant blessé, le narrateur.
Je vous ouvre le Livre. Je vous ouvre le monde. 
ombre-de-clélia-blog

2-.À propos de l’auteur

le livre sur l'étagère 
Son fil conducteur semble être une parole, un objet de la journée, mais aussi, tout et rien. Elle écoute un album et les mots se couchent seuls sous ses doigts. Pas de musique, pas de ligne. Personne ne fera la différence demain. Elle ne cherche pas la gloire sous les applaudissements, portant ses lèvres à une coupe et se mirant dans une médaille. Elle joue avec les mots, sans sa voix, elle traduit vos défaillances, elle transpose vos pensées. C’est extraordinaire, comme elle boit vos discours, exhorte vos dithyrambes sur la toile. Avec la même franchise, elle exhale de l’encre la tristesse ou le bonheur de vos lamentations. Toute la journée, elle tape des lettres de l’alphabet qui finissent par faire des textes. Elle griffonne des nouvelles ; des pages de l’ordinateur tombent les unes derrière les autres, des pages noircies comme des partitions, des pages blanches oubliées, des pages écorchées du passé, des pages solitaires. Elle n’est pas musicienne. Elle fredonne la la la sans pratiquer. Elle auditionne toutes les musiques avec ou sans instrument. Elle écoute et elle écrit des histoires sur les symphonies, cela va du conte pour enfants, à la page sensuelle pour adulte. Elle a besoin de ce contact entre la plume et ses oreilles, entre les deux tiraillées, une vraie caresse des sens, la musique infiltre son corps, lui poignarde le cœur et ressort au bout de ses doigts. Elle vagabonde entre l’enfer, les planètes et le paradis cherchant sa quête du bonheur.
Le cœur est sensible, et la musique intemporelle sert à apaiser les âmes meurtries. Alors créez, créez les musiciens…
 
Dans une révérence et un léger fléchissement de ses genoux, Danielle se voûte jusqu’à terre, cédant sa place… « Après vous ».